Rééducation fonctionnelle et philosophie : une quête commune

Dans le second tome de sa trilogie consacrée à l'apport de la philosophie en rééducation, l'auteur développe la quête que les deux univers ont en commun d'une « vie bonne » et d'une rééducation permettant à la personne, au patient, de continuer son chemin dans le monde qui l'entoure avec et malgré un handicap. Dans une première partie, elle évoque les liens conceptuels entre éducation, rééducation fonctionnelle et philosophie. Puis elle illustre cet abord théorique par des exemples très concrets de sa pratique rééducative. Autour du thème de la norme et du handicap, elle propose des pistes de rééducation inhabituelles et nouvelles, comme par exemple la recherche et la prise en compte systématiques de ce qu'elle appelle la plasticité normative de chacun, capacité individuelle intrinsèque à tout homme de créer ses propres normes. Ce souci de l'autre dans sa singularité absolue participe d'une démarche philosophique de tout mettre en œuvre pour qu'un « Je pense donc je suis » se déploie en un « Je peux donc je suis ».De ce fait, ce livre nous concerne tous.

110 pages  -  ISBN : 9782753902848  -  Sciences Humaines > Commander le livre

Des débuts prometteurs

Organisée dans le cadre de la Collection « Philosophie, Éthique et Santé » (éditions Connaissances et Savoirs), cette journée de colloque s’est tenue le 8 avril sur le Campus paramédical de Saint-Denis (93). L’occasion pour cinq auteurs professionnels de santé et philosophes d’échanger avec l’auditoire sur l’approche du patient douloureux ou porteur de handicap, et la place de l’individu au cœur des pratiques médicales et rééducatives.

par Alexandra Picard



Introduire la philosophie dans la santé n’est pas une mince affaire. Pourtant le questionnement éthique est au cœur des pratiques quotidiennes des masseurs-kinésithérapeutes. Supervisés par Mar-tine Samé, kinésithérapeute, docteur en philosophie, enseignante et directrice de la Collection « Phi-losophie, Éthique et Santé », cinq auteurs sont venus discourir sur l’éthique et la santé devant un parterre hétéroclite. Un public pas forcément averti mais très curieux « des différentes personnalités qui se sont succédé à la tribune et de leurs réflexions sur une approche plus humaine de la pratique médicale, accordant davantage de place aux expressions des patients et à leur individualité », ex-plique Martine Samé.

Pour saisir la douleur, il faut connaître l’humain

Exerçant en soins palliatifs, Charles Joussellin s’est exprimé sur la façon d’aborder le patient doulou-reux. Il s’est appuyé pour cela sur son livre, L’Homme de la douleur, présenté sous forme de dialogue avec ses internes. Sa présentation a particulièrement interpellé les étudiants d’Assas et du CEERRF, qui ont été surpris par sa façon de mesurer la douleur d’un patient : son appréciation ne relève pas uniquement d’un chiffre obtenu à l’aide d’une réglette mais s’appuie aussi sur l’expression du patient. Cette discussion a été étayée par l’intervention de Martine Samé sur « le toucher suspen-du » à la douleur et à la souffrance d’un homme, « qui ne peut être réduit à un simple tissu ». À tra-vers l’histoire vraie d’une petite fille atteinte de drépanocytose, dont la survie tenait à une greffe de moelle osseuse prélevée sur son petit frère autiste, le Dr Isabelle Pipien a mis en exergue le flou qui peut exister sur la frontière qui sépare un donneur d’un receveur. « Elle nous a fait réfléchir sur qui est réellement le donneur. Ce fut un grand moment d’émotion », témoigne l’organisatrice du colloque.

Les normes remises en cause

Les interventions théoriques de Michel Geoffroy et Jean-Pierre Graftieaux, médecins et diplômés en philosophie, ont ,elles aussi, été vivement applaudies. Ils sont notamment revenus sur l’inquiétude de l’autre, et plus précisément sur la façon dont son visage interpelle. « Ils ont porté une réflexion inté-ressante sur le degré à partir duquel un praticien se sent responsable du patient », précise Martine Samé. Le colloque s’est achevé avec l’intervention de Anne-Lyse Chabert. Elle est revenue sur les différentes normes que l’on impose aux patients handicapés. Ils sont continuellement contraints de s’adapter à la société. Elle-même étant en fauteuil roulant est sans cesse obligée d’inventer des moyens pour s’adapter à son environnement. Ces discussions ont été ponctuées par les réflexions de Dominique Folscheid, professeur de philosophie émérite, qui n’a pas hésité à donner de nouvelles pistes de recherches aux auteurs. Fort du succès de ce premier rendez-vous, un nouveau colloque se tiendra en mars 2018 sur le thème du consentement, « avec comme invitée une légiste, et peut-être aurons-nous la chance d’avoir encore le Pr Folscheid avec nous », s’enthousiasme Martine Samé.


www.kineactu.com/n°1487/Jeudi 27 avril 2017
Posté le 03/05/2017 14:43:44 1 commentaire(s) - Réaagissez à cet article
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